Cette nuit, Alice n'a pas sommeil et moi oui. Étrange, vous avez dit bizarre. On décide de se mater un film, exceptionnellement une deuxième soirée consécutive. Je m'étais décider à retenter les Monty Pythons qui m'avaient déçus. Il paraît que c'est si rigolo.
Nous coupons le Sens de la Vie au bout de 20 minutes, après avoir vu la parodie d'un accouchement à l'hôpital.
Embrayons sur La Quête du Graal, voyons, soyons fous. Mais Alice, adepte de la chose Monty, ne regarde rien : elle se plie en deux de plus en plus souvent, presque à m'empêcher de regarder ce qui continue à me décevoir.
Nous arrêtons donc le deuxième film de la soirée et je pars rapidement dans les bras de Morphée. Pas pour longtemps, je sens Alice respirer fort, allumer la lumière, se lever.
Deux heures, elle me réveille définitivement. Je chronomètre moins de cinq minutes entre chaque contraction de trente secondes. Alice appelle Danièle, la sage femme, qui lui propose deux Spasfon et de la rappeler dans une heure.
A trois heures, elle est chez nous, vaillante comme une sentinelle.
La fin est proche, elle sera ce vendredi 1er février, mais la journée va être longue. Danièle s'assoit patiemment et mène la discussion. Je comprends pourquoi elle était si bavarde en consultation, si évasive et si ouverte à déborder des sujet : il faut savoir meubler ces heures d'attente.
Béatrice, deuxième sage femme, arrive à 5h30, juste pour prendre son petit déjeuné avec Danièle. Pas stressées, elles tapes la bavettes dans la cuisine pendant qu'Alice souffle de plus en fort à chaque contraction. Le col est à 4, je suis très confiant.
J'attends impatiemment que le soleil se lève pour pour voir le monde tel que je le ressens dorénavant. Les volets sont encore fermés, je suis les chiffres du réveil s'égrainer.
Les contractions se font plus violentes. Le travail avance bien. Les sages-femmes,confiantes, prédisent le dénouement avant midi.
C'est le moment pour aller chercher le pain, d'un pas pressé, je n'aurai que juste le temps que de faire l'aller retour au village. Cette pointe de suspens et de risque me fait hâter le pas. Dans 4 heures, nous devrions voir le bout de son nez. Comme pour pimenter l'histoire, je m'arrête à la boucherie prendre des côtes de porc pour se faire un bon gueuleton de satisfaction.
Le jour est là, à travers de bas nuages blancs. Nous admirons les vaches par la fenêtres. Zut, j'ai oublié de leur remettre l'eau à l'abreuvoir. J'y cours, toujours en espérant que le bébé n'arrive pas pendant mon absence. Il en est de même lorsque je sors du bois. J'avais fait tant de rêves où le bébé arrivait pendant mon absence.
Seulement le bébé descend un peu trop doucement, il a du mal à se tourner. Le temps passe rythmée par le retour périodique des contactions. Les sages-femmes s'entretiennent et enchaînent les méthodes pour aider Alice. Vers midi, le col est ouvert, le bébé est presque au bout du tunnel. Seulement Alice est très fatiguée. J'essaie de la soutenir comme je peux, par ma simple présence et en donnant mes mains à broyer. Elle m'en remerciera. J'essaie même de bouquiner mais ce n'est qu'une fausse distraction, je suis tout ce qui se passe.
Alice commence à être bien fatiguée et subit de plus en plus les mouvements de son corps. Les côtes de porc ne seront pas pour midi. Les sages-femmes annulent leurs rendez-vous de l'après midi.
A 15h, elles ont épuisées tous leurs recours. Le bébé n'avance plus. Il va bien cependant, comme le montrent les relevés périodiques du monitoring.
C'est le speed, je prépare les valises en 4ème vitesse, quelques vêtement pour Alice et le bébé. Alice monte à quatre pâtes avec Daniel sur la banquette arrière de la Ford. Béatrice nous suit avec tout le matériel au cas où le roulis automobile concrétise enfin la libération.
Tristement, les sages-femmes qui ont beaucoup travaillé jusqu'à maintenant, nous laissent à la porte de la maternité. Alice avance de quelques pas entre chaque contraction. Les passants sont hallucinés. Nous entrons dans la maternité en même temps qu'une autre femme, toute tranquille, que l'on revoit à ses pénates.
Je ne vous décrirai pas la suite en détail. J'en avais des hauts le coeur à sortir de la salle d'accouchement. Le gynéco est arrivé en finissant de mâcher son casse-croûte et a sorti professionnellement Marius en ¾ d'heure.
Je me souviendrai toujours de cette bouille aux belles bas-joues, les points fermés serrés sur la poitrine, les yeux fermés, mouillé comme de transpiration après un effort violent. Il a un zizi, c'est donc Marius que l'on pose sur le ventre de sa maman. Trop d'émotions, nous pleurons et dissertons vaguement sur notre bonheur. 16H50, le 1er février 2008.
Dans la précipitation, je n'ai pas l'appareil photo et personne ne nous sait à Cahors. Alice a été formidable de force et de courage. Elle continue de sourire comme pendant le travail, sachant sûrement que la souffrance ne serait de toute manière pas à la hauteur du soulagement.
Au bout d'une demi-heure, Marius accepte le sein auquel on le présente et tête goulûment : c'est génial. Nous n'avons pas le droit de bouger pendant deux heures. Ensuite, c'est une sage-femme de l'hôpital, un peu pète sec, qui embarque Marius que je suis. Il est examiné et avoue enfin ses 4,280 kg qui n'ont pas dû faciliter sa sortie.
Nous sommes soulagés, délivrés, contents. Je porte Marius et suis Alice en fauteuil jusqu'à une chambre, individuelle d'un autre service parce que le service maternité est plein. A 21h, je suis censé partir mais je ne peux pas, le personnel m'informe de mon obligation de partir mais ne me jette pas dehors. Heureusement, parce qu'Alice n'a pas les capacités de s'occuper de Marius pleinement. Le personnel est compétent mais j'ai trop envie de rester, à 3, pour une nuit presqu'aussi insomniaque que la précédente.
1 commentaire:
merci pour ce témoignage poignant... c'est toujours émouvant de connaître un peu le vécu et le ressenti du papa... pleins de bonheurs pour tous les trois bises à bientôt Sophie
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